Les musulmans ne partagent pas une position unique sur la souveraineté juive. Certains groupes et dignitaires religieux islamistes rejettent, pour des motifs religieux, toute souveraineté juive sur une quelconque partie de la Palestine historique. D’autres savants musulmans, gouvernements et déclarations publiques défendent la coexistence et la légitimité de la paix avec Israël. Présenter l’une ou l’autre position comme la voix incontestée de l’islam déforme les faits.
Comment une terre sacrée devient l’objet d’une interdiction politique
Un courant historique du droit islamique divisait le monde entre Dar al-Islam et Dar al-Harb, comme le résume Britannica. Certains mouvements islamistes ultérieurs ont utilisé ce cadre pour soutenir qu’un territoire autrefois placé sous domination musulmane ne devait pas passer durablement sous une souveraineté non musulmane.
Jérusalem intensifie le débat. La présentation de Jérusalem par Britannica rappelle la place fondamentale de la ville dans l’islam, en raison d’al-Aqsa et du Voyage nocturne du Prophète. Les interprétations intransigeantes transforment cette sainteté en revendication. Selon elles, le devoir des musulmans interdit toute souveraineté juive durable sur la ville.
Cet argument exerce une influence dans certaines traditions islamistes, mais il ne constitue pas la seule interprétation musulmane.
Le Hamas fournit le texte moderne le plus clair
La charte du Hamas de 1988 expose directement la position rejetant toute souveraineté juive. Elle décrit la Palestine comme une terre islamique, fait de la résistance un devoir sacré et contient des passages manifestement antisémites.
Le « Document de principes généraux et de politiques » de 2017, reproduit par le Journal of Palestine Studies, a modifié une partie de ce langage. Il distinguait les Juifs du « projet sioniste » et acceptait, comme formule nationale, un État palestinien dans les lignes de 1967. Il rejetait néanmoins le droit d’Israël à l’existence et maintenait une revendication sur l’ensemble de la Palestine. Le langage a davantage évolué que l’objectif politique.
Le Coran n’apporte pas une réponse politique unique
La position intransigeante ne peut pas être simplement présentée comme « ce que dit l’islam ». Dans la sourate 5, versets 20 et 21 du Coran, Moïse demande aux enfants d’Israël d’entrer dans la Terre sainte que Dieu leur a donnée. D’autres versets et interprétations ultérieures abordent différemment l’alliance, l’exil et l’héritage. Cela ne transforme pas le Coran en texte sioniste. Cela montre que les Écritures ne produisent pas un programme politique moderne unique.
C’est pourquoi les désaccords musulmans à propos d’Israël et de Jérusalem ne sont pas seulement politiques. Ils portent sur la manière de lire les textes. Les musulmans interprètent de différentes façons la même histoire sacrée.
Arguments musulmans en faveur de la coexistence
La meilleure réfutation du rejet intransigeant est venue de musulmans. La Déclaration de Marrakech, soutenue par des savants musulmans et présentée par l’United States Institute of Peace, appelait à protéger les minorités religieuses. Elle s’opposait aux interprétations de la foi instrumentalisées à des fins hostiles. La déclaration du Muslim Reform Movement rejetait encore plus explicitement la suprématie islamiste violente.
Des organismes musulmans soutenus par des États ont également choisi des voies pragmatiques. Les accords d’Abraham n’ont pas réglé la théologie. Mais l’Institute for National Security Studies indique que les religieux musulmans du Golfe ont soutenu la normalisation en partie au nom d’une affirmation : la paix avec Israël est compatible avec la foi et légitime en politique.
Le dossier contient donc à la fois une véritable objection islamiste à la souveraineté juive et de véritables arguments musulmans contre cette objection.
La conclusion étayée par les éléments de preuve
Certains courants de la pensée islamiste moderne transforment le caractère sacré de la Palestine et de Jérusalem en doctrine d’opposition permanente à la souveraineté juive. Le Hamas en fournit le texte politique le plus clair. Le désaccord entre musulmans, la complexité des Écritures et les arguments religieux en faveur de la coexistence font tout autant partie du dossier.
Le problème en cause n’est pas l’islam dans son ensemble, mais un ensemble précis d’interprétations qui transforme une géographie sacrée en refus politique permanent. Présenter ce courant comme la position de tous les musulmans est inexact. Ignorer son influence l’est également.