L’antisionisme religieux juif constitue une véritable position théologique, et non une invention de militants laïques. Il s’agit aussi d’une opinion minoritaire au sein du judaïsme orthodoxe. Ses partisans ne nient généralement pas le lien des Juifs avec la terre. Ils soutiennent que l’établissement d’une souveraineté par l’action politique humaine avant la venue du Messie contrevient à l’enseignement religieux.
L’argument religieux classique commence par les Trois Serments
Le texte le plus connu auquel recourent les antisionistes religieux est un passage du Talmud souvent appelé les Trois Serments, dans le traité Ketubot 111a. Les penseurs antisionistes y lisent un avertissement. Le peuple juif, en tant que groupe, ne doit pas forcer la fin de l’exil avant la rédemption divine.
Cette lecture a exercé un véritable poids dans certaines communautés haredi. La thèse antisioniste moderne ne consiste pas à affirmer que les Juifs n’ont aucun lien avec la terre. De nombreux croyants soutiennent même le contraire. Ils affirment que le retour des Juifs par l’exercice d’un pouvoir politique humain, avant la venue du Messie, est théologiquement condamnable.
Les groupes antisionistes visibles sont réels, mais non représentatifs
Les groupes les plus visibles dans les médias tendent à être les moins représentatifs. La fiche de l’ADL sur Neturei Karta décrit le mouvement comme un petit groupe marginal qui rejette l’État d’Israël. Le groupe a recherché à plusieurs reprises des alliances et des occasions de s’afficher que la plupart des Juifs, y compris la plupart des Juifs orthodoxes, jugent scandaleuses.
Neturei Karta, l’antisionisme de Satmar et d’autres objections haredi sont bien réels. Ils ne doivent pas être présentés comme représentatifs du judaïsme ou de l’opinion orthodoxe en général.
La plupart des Juifs orthodoxes ne correspondent pas à ce portrait
Le tableau d’ensemble du monde orthodoxe est très différent. Dans l’étude de Pew de 2021 sur les Juifs américains et Israël, les répondants orthodoxes étaient les plus susceptibles de déclarer un fort attachement à Israël. Le portrait des Juifs orthodoxes américains publié par Pew en 2015 constatait un attachement particulièrement marqué chez les orthodoxes modernes.
L’opinion orthodoxe comprend des sionistes religieux, des non-sionistes qui interagissent avec l’État et des antisionistes de principe. Affirmer que « les Juifs religieux s’opposent à Israël » efface ces différences.
Il existe aussi un puissant argument religieux en faveur de la souveraineté juive
Le principal argument religieux moderne en faveur du sionisme est associé au rabbin Abraham Isaac Kook. L’article de Britannica sur le Rav Kook et l’essai historique de Brandeis sur Kook et le sionisme religieux permettent de comprendre pourquoi. Kook considérait la renaissance nationale juive comme un élément d’un processus de rédemption, et non comme une rébellion contre celui-ci.
Ce tournant théologique a façonné une grande partie du sionisme religieux. Il a aussi influencé le rituel public. La Prière pour l’État d’Israël, récitée dans de nombreuses synagogues, montre que de larges pans du monde juif considèrent la souveraineté juive comme digne de gratitude et de prière. Ils ne la traitent pas comme une hérésie.
Ce que le désaccord religieux permet d’établir
L’antisionisme religieux juif est une position minoritaire sérieuse, qui possède ses propres textes et sa propre logique théologique. Il ne s’agit pas simplement d’un antisionisme de gauche laïque exprimé dans un langage religieux, et cette position ne représente ni le judaïsme ni l’orthodoxie dans son ensemble.
Son existence montre que les débats juifs sur l’exil, la rédemption, la souveraineté et le pouvoir étatique sont anciens et internes au judaïsme. Elle ne discrédite pas à elle seule l’autodétermination juive et n’établit pas l’existence d’un consensus juif contre Israël.