La reconnaissance est un acte politique et juridique, non la preuve qu’un gouvernement est démocratique ou légitime. L’histoire de la Rhodésie montre que la reconnaissance extérieure ne peut remédier à un pouvoir exercé sans élections représentatives ni égalité des droits politiques. Une comparaison avec la création d’un État palestinien peut permettre d’évaluer ce que la reconnaissance accomplirait, mais seulement si les différences substantielles entre les deux cas restent visibles.
La question à laquelle la reconnaissance ne peut répondre seule
La reconnaissance peut faire avancer la diplomatie, mais elle ne crée pas à elle seule un gouvernement responsable, ne désarme pas les factions armées et ne rétablit pas les élections. OZJF soutient donc que la reconnaissance d’un État palestinien sous la direction actuelle doit être appréciée au regard de conditions concrètes de gouvernance, au lieu d’être considérée comme un substitut à celles-ci.
Ce qui s’est passé en Rhodésie
En 1965, le gouvernement de la minorité blanche de Rhodésie du Sud, dirigé par Ian Smith, a rompu avec la Grande-Bretagne et affirmé gouverner de manière indépendante. Les Nations unies ont qualifié cet acte de déclaration unilatérale d’indépendance. La Rhodésie se caractérisait par :
- un petit groupe gouvernant la majorité par la force ;
- l’absence d’un système électoral ouvert ;
- l’absence de voie légale permettant à la majorité d’accéder au pouvoir ;
- des violences politiques employées pour maintenir les dirigeants au pouvoir.
Quelques gouvernements amis ont reconnu la Rhodésie. Le Conseil de sécurité des Nations unies ne l’a pas fait. En 1965, la résolution 216 a demandé à tous les États de ne pas reconnaître le régime. En 1968, la résolution 253 a instauré des sanctions complètes et obligatoires. Le régime a été isolé, puis poussé à négocier. En 1980, le pays est devenu le Zimbabwe dans le cadre de l’accord de Lancaster House.
La race était au cœur de la Rhodésie, et non un élément accessoire. L’enseignement structurel est plus limité : le soutien diplomatique de gouvernements amis ne pouvait légitimer un régime minoritaire qui refusait à la majorité une voie égale d’accès au pouvoir. La reconnaissance internationale et la légitimité intérieure demeuraient deux questions distinctes.
Appliquer ce test à la création d’un État palestinien
L’application de cette distinction à la création d’un État palestinien soulève plusieurs questions actuelles de gouvernance :
- L’Autorité palestinienne a-t-elle organisé des élections législatives depuis 2006 ? Non. Les dernières élections prévues ont été annulées en 2021, selon la BBC.
- L’Autorité palestinienne continue-t-elle de financer un fonds pour les prisonniers et les martyrs dont les versements augmentent avec la gravité des attaques contre des Israéliens ? Oui. Le rapport de 2024 sur le Taylor Force Act du Département d’État américain constitue la conclusion officielle américaine la plus récente.
- Le Hamas, désigné par les États-Unis comme organisation terroriste étrangère, contrôle-t-il Gaza ? Oui. Il a remporté les élections de 2006, pris Gaza par la force en 2007 et annulé toutes les élections depuis.
- Les récents sondages palestiniens montrent-ils encore un fort soutien au Hamas ? Oui : voir les vagues d’enquêtes du Palestinian Center for Policy and Survey Research publiées jusqu’en 2024.
Les deux cas ne sont pas équivalents. La Rhodésie était un État dirigé par une minorité blanche et conçu pour priver la majorité noire du pouvoir politique. Les institutions palestiniennes sont issues d’une histoire différente, marquée par le conflit, l’occupation, l’échec des négociations et les divisions internes. La ressemblance, plus limitée, tient à un problème de légitimité : l’Autorité palestinienne ne dispose d’aucun mandat électoral actuel, tandis que le Hamas gouverne Gaza par la force et reste une organisation désignée comme terroriste.
Ce que cette comparaison ne soutient pas
Cette comparaison ne constitue pas un argument contre les civils palestiniens, une future autonomie palestinienne ou une solution à deux États. La Rhodésie ne fournit pas non plus de modèle pour résoudre le conflit israélo-palestinien.
Elle étaye une mise en garde plus limitée : la reconnaissance ne doit pas être considérée comme la preuve que les institutions dirigeantes palestiniennes actuelles sont représentatives, pacifiques ou capables de contrôler les factions armées. Ces questions nécessitent leurs propres conditions et leurs propres éléments de preuve.
Ce que l’analogie peut raisonnablement montrer
La reconnaissance peut servir la diplomatie, mais elle ne peut remplacer les élections, des institutions responsables ou le contrôle des groupes armés. La Rhodésie illustre l’écart entre le traitement diplomatique extérieur et la légitimité intérieure. Elle ne rend pas les cas historiques identiques, et il ne faut pas demander à l’analogie de démontrer davantage.
Sources utilisées sur cette page
- Encyclopaedia Britannica : déclaration unilatérale d’indépendance, Rhodésie, 1965
- Nations unies : résolution 216 du Conseil de sécurité, 1965
- Nations unies : résolution 253 du Conseil de sécurité, 1968
- Encyclopaedia Britannica : accord de Lancaster House, 1979-1980
- BBC : Abbas reporte les élections palestiniennes, avril 2021
- Département d’État des États-Unis : rapport sur le Taylor Force Act, 2024
- Département d’État des États-Unis : liste des organisations terroristes étrangères
- PCPSR : vague 94 des sondages palestiniens, décembre 2024