L’UNRWA gère des écoles et des dispensaires, et fournit une aide aux réfugiés palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie. Après qu’Israël a affirmé que certains employés avaient pris part à l’attaque du 7 octobre 2023, les Nations unies ont mené une enquête interne et commandé un examen distinct des dispositifs de neutralité de l’agence. Les deux enquêtes répondaient à des questions différentes et ne doivent pas être confondues.
Ce que les lecteurs doivent distinguer
Le travail des organismes humanitaires repose sur leur neutralité, en particulier lorsqu’un groupe armé gouverne le territoire sur lequel ils interviennent. L’enquête sur les employés portait sur des allégations de participation individuelle aux événements du 7 octobre. Le rapport Colonna examinait les garanties plus générales de l’UNRWA. Aucune des deux enquêtes ne permet, à elle seule, de déterminer si l’ensemble de l’agence est contrôlé par le Hamas.
Conclusions de l’enquête sur les employés
En janvier 2024, l’UNRWA a licencié des membres de son personnel et ouvert une enquête interne après qu’Israël lui a communiqué des renseignements. La BBC a rapporté que le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, avait mis fin aux contrats de neuf employés nommés dans le dossier israélien. Plusieurs autres ont fait l’objet d’une enquête ultérieurement.
Le Bureau des services de contrôle interne de l’ONU a mené l’enquête formelle. Sa déclaration d’août 2024 indiquait que les éléments de preuve laissaient penser que neuf employés « pourraient avoir participé » à l’attaque. L’UNRWA a mis fin à leur emploi. Reuters a rapporté la même conclusion. La formulation est importante : l’ONU a estimé que les preuves suffisaient à justifier une mesure concernant leur emploi, et non une condamnation pénale.
Conclusions du rapport Colonna
L’ONU a commandé séparément un examen indépendant dirigé par l’ancienne ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna. Son rapport d’avril 2024, hébergé par l’ONU sur la page officielle, a relevé des problèmes de neutralité à l’UNRWA tout en portant une appréciation positive sur ses procédures de base. Deux conclusions sont particulièrement importantes pour les lecteurs :
- L’UNRWA n’avait pas communiqué la liste complète de son personnel aux autorités d’accueil d’une manière leur permettant de vérifier les noms au regard des désignations terroristes.
- Un examen des manuels scolaires utilisés par l’UNRWA a relevé certains contenus qui ne respectaient pas les valeurs de tolérance et de neutralité de l’ONU.
Le rapport Colonna a relevé de véritables faiblesses tout en indiquant que l’UNRWA disposait de davantage de mécanismes de neutralité que des organisations comparables. Il n’a pas enquêté sur les allégations visant la participation individuelle d’employés aux événements du 7 octobre.
Réaction des donateurs
Au début de 2024, au moins 16 pays donateurs ont suspendu leur financement. Le Congressional Research Service tient à jour une synthèse. Le Congrès américain est allé plus loin. La loi de crédits consolidés supplémentaires de 2024 (P.L. 118-47) a interdit les contributions américaines à l’UNRWA jusqu’au 25 mars 2025. Plusieurs donateurs européens ont repris leur financement après le rapport Colonna.
Depuis lors, les États-Unis n’ont pas rétabli leur financement direct de l’UNRWA. La fiche d’information de 2025 du département d’État montre que l’aide humanitaire américaine destinée aux Palestiniens passe par d’autres canaux.
Exiger des comptes sans abandonner les civils
Les civils de Gaza ont besoin d’écoles, de dispensaires, de nourriture et de protection. L’examen de l’UNRWA ne fait pas disparaître ce besoin. La question de politique publique est de savoir si les réformes, les contrôles et la supervision peuvent réduire le risque d’implication de groupes armés, et si d’autres organisations peuvent fournir certaines formes d’aide à une échelle suffisante. Le CICR, le PAM, d’autres ONG et des programmes bilatéraux participent déjà au dispositif d’aide, mais ils ne remplissent pas tous les mêmes fonctions que l’UNRWA.
Ce que le dossier permet de conclure
L’ONU a trouvé des éléments indiquant que neuf employés pourraient avoir participé aux événements du 7 octobre et a relevé des faiblesses plus générales dans les garanties de neutralité de l’UNRWA. Le Congrès et d’autres donateurs ont réagi de différentes manières. Ces conclusions justifient un examen soutenu et des réformes. Elles n’établissent pas que chaque employé est affilié au Hamas ni qu’il faudrait mettre fin à l’aide humanitaire destinée aux civils palestiniens.
Sources utilisées sur cette page
- BBC : l’UNRWA met fin aux contrats de membres du personnel impliqués dans les événements du 7 octobre
- ONU : note aux correspondants sur l’enquête concernant l’UNRWA (5 août 2024)
- Reuters : selon l’ONU, des éléments indiquent que neuf employés de l’UNRWA pourraient avoir participé à l’attaque du 7 octobre
- ONU : rapport final Colonna sur l’UNRWA (avril 2024)
- Congressional Research Service : l’UNRWA et le financement américain
- P.L. 118-47 : loi de crédits consolidés supplémentaires de 2024 (restriction concernant l’UNRWA)
- Département d’État des États-Unis : Bureau de la population, des réfugiés et des migrations