Le gouvernement du Yémen reconnu internationalement exerce ses fonctions depuis Aden, tandis que le mouvement houthi soutenu par l’Iran contrôle Sanaa et une grande partie du nord. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis soutiennent le gouvernement reconnu. Cette division ne laisse aucune opération unique de lobbying yéménite à mesurer. Elle place également les activités liées aux Houthis largement hors du cadre de la représentation ordinaire aux États-Unis en raison des sanctions.
Guerre, aide et sécurité en mer Rouge
La guerre au Yémen a tué des centaines de milliers de personnes depuis 2015, selon l’estimation du Programme des Nations unies pour le développement. Les États-Unis sont un important fournisseur d’armes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Ils sont également le principal donateur d’aide au Yémen. La coalition comme les Houthis veulent se faire entendre à Washington.
Les attaques des Houthis contre le transport maritime en mer Rouge ont commencé à la fin de 2023. Elles ont replacé le Yémen en tête des priorités politiques américaines. Elles ont accru les enjeux de chaque volet du dossier yéménite de Washington. Cela comprend les personnes qui déposent une déclaration au titre de la FARA, celles qui figurent sur la liste SDN et la désignation en vigueur au cours du trimestre concerné.
Des déclarations fragmentées et limitées
Le gouvernement reconnu du Yémen a une présence réduite dans les déclarations FARA. Une recherche sur efile.fara.gov avec le terme « Yemen » fait apparaître de brèves déclarations. La page d’OpenSecrets consacrée au Yémen raconte la même histoire. Il n’existe pas ici de cabinet de lobbying attitré. Le pays n’en a pas les moyens. Sa division interne signifie qu’aucun ministère unique ne rémunère durablement un cabinet unique.
Les sanctions américaines s’appliquent sous une forme ou une autre à des dirigeants houthis depuis 2021. Un cabinet américain ne pourrait pas rendre licite une activité interdite simplement en déposant une déclaration FARA, de sorte que le mouvement n’apparaît pas comme un client enregistré ordinaire.
Une grande partie des dépenses pertinentes apparaît sous le nom d’autres pays
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis maintiennent d’importants programmes FARA, dont certaines parties portent sur les ventes d’armes, les dérogations relatives à l’aide et la conduite de la coalition au Yémen. Ces déclarations mentionnent des clients saoudiens ou émiratis même lorsque les conséquences politiques se manifestent au Yémen.
Un examen complet exige donc de comparer les déclarations yéménites aux dossiers saoudiens et émiratis. Foreign Lobby Watch d’OpenSecrets facilite ce recoupement.
Évolution de la désignation des Houthis
L’élément le plus important du dossier public est la succession de désignations et de révocations concernant le mouvement houthi. L’ordre des événements compte :
- Janvier 2021 : l’administration Trump a désigné Ansar Allah comme organisation terroriste étrangère et entité terroriste mondiale spécialement désignée.
- Février 2021 : l’administration Biden a révoqué les deux désignations. L’annonce du département d’État invoquait les inquiétudes relatives à l’accès à l’aide.
- Janvier 2024 : après les attaques contre le transport maritime en mer Rouge, l’équipe Biden a de nouveau désigné les Houthis comme SDGT, mais pas comme FTO. L’objectif était de maintenir ouverts certains canaux d’aide.
- 2025 : l’administration Trump a de nouveau désigné les Houthis comme FTO, selon l’avis du département d’État.
Chaque revirement a modifié ce que les banques, les organisations d’aide et les entreprises américaines pouvaient légalement faire. Il a également modifié la pression exercée sur le gouvernement américain. La page du Trésor consacrée aux sanctions de l’OFAC liées au Yémen énumère les entités concernées et les autorisations applicables.
Dépenses et aide mises en perspective
- Population du Yémen : environ 34 millions de personnes, estimation de 2024.
- Dépenses FARA directes du gouvernement yéménite : faibles, souvent proches de zéro au cours d’une année donnée.
- Dépenses FARA combinées de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis : des dizaines de millions de dollars par an, dont une partie concerne la politique yéménite.
- Aide humanitaire américaine au Yémen depuis 2015 : plus de 5 milliards de dollars, selon la page de l’USAID consacrée à la réponse au Yémen.
- Désignations SDN liées aux Houthis : des centaines de noms, en nombre croissant à chaque nouvelle mesure du Trésor.
Le rapport entre ces dépenses s’inverse par rapport à la plupart des autres pages consacrées au Golfe. Les États-Unis dépensent bien davantage pour le Yémen que le Yémen ne dépense en lobbying aux États-Unis.
Pourquoi aucun montant unique de lobbying n’explique la politique au Yémen
Le dossier FARA propre au Yémen est trop limité et fragmenté pour expliquer la politique américaine. Le plaidoyer saoudien et émirati, le soutien iranien aux Houthis, l’aide humanitaire et les changements de désignation terroriste façonnent tous le débat à Washington. Ces catégories reposent sur des dossiers différents et ne doivent pas être réunies de force en un seul chiffre de dépenses.
La fiche d’information du département d’État sur le Yémen, la page du Trésor sur les sanctions liées au Yémen et le rapport R43960 du Congressional Research Service constituent les meilleurs points de départ.
Sources utilisées sur cette page
- Département d’État des États-Unis : relations des États-Unis avec le Yémen
- Département d’État des États-Unis : désignations terroristes d’Ansar Allah, janvier 2021
- Département d’État des États-Unis : révocations des désignations terroristes d’Ansarallah, février 2021
- Département d’État des États-Unis : désignation terroriste des Houthis, nouvelle désignation SDGT en 2024
- Département d’État des États-Unis : liste des organisations terroristes étrangères
- OFAC du Trésor américain : sanctions liées au Yémen
- Portail public FARA eFile
- OpenSecrets : Foreign Lobby Watch
- OpenSecrets : recherche FARA par pays pour le Yémen
- USAID : réponse à l’urgence complexe au Yémen
- Congressional Research Service : R43960, guerre civile au Yémen et intervention régionale