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Ce que révèlent les manuels scolaires utilisés dans les écoles de Gaza

La question essentielle concernant les programmes est plus précise que la version ancienne et réductrice de ce débat. Les manuels officiels de Gaza provenaient en grande partie de l’Autorité palestinienne, et les écoles de l’UNRWA utilisaient le même programme que le pays hôte. Des examens indépendants ont relevé de manière récurrente des contenus anti-israéliens, antisémites et banalisant la violence, mais les faits appellent une conclusion plus précise que « toutes les écoles enseignent la haine ».

Qualifier les manuels scolaires de Gaza de « manuels du Hamas » masque l’identité de ceux qui les ont produits. Les écoles de Gaza, y compris celles de l’UNRWA, utilisaient le programme de l’Autorité palestinienne. Les éléments disponibles peuvent nous indiquer ce que contiennent les ouvrages approuvés et comment l’UNRWA les a examinés. Ils ne permettent pas d’affirmer que chaque enseignant a présenté ces contenus de la même manière ni que chaque élève a assimilé le même message.

De quel programme est-il question ?

L’UNRWA ne rédige pas de programme distinct pour Gaza. Ses écoles utilisent les manuels du pays hôte, puis les examinent au regard des règles de neutralité des Nations unies. À Gaza et en Cisjordanie, il s’agit des manuels de l’Autorité palestinienne. La plateforme d’apprentissage numérique de l’UNRWA l’indique directement.1

Deux questions doivent donc rester distinctes :

  1. ce que dit le programme de l’Autorité palestinienne ;
  2. ce que fait l’UNRWA lorsque ces manuels contreviennent aux règles de neutralité des Nations unies.

Ce qu’ont constaté les examens indépendants

Le principal examen indépendant est l’étude de 2021 commandée par l’Union européenne à l’Institut Georg Eckert, un centre universitaire allemand spécialisé dans la recherche sur les manuels scolaires. Cette étude n’a pas décrit le programme comme uniformément haineux ni dépourvu de contenus scolaires ordinaires. Elle a toutefois recensé de graves problèmes récurrents, confirmant que la controverse n’avait pas été inventée par des groupes de défense d’intérêts.2

Le rapport Colonna commandé par les Nations unies, publié en avril 2024, portait dans l’ensemble un jugement favorable sur l’UNRWA en tant qu’agence, mais reconnaissait la présence de contenus problématiques dans certaines écoles. Citant un examen rapide de l’UNRWA, il signalait des préoccupations dans 3,85 % des pages étudiées. Parmi les exemples figuraient des cartes omettant Israël en dehors des cours d’histoire, la présentation de Jérusalem comme capitale de la Palestine, la qualification de villes israéliennes comme palestiniennes et l’emploi de l’expression « occupation sioniste » pour désigner Israël.34

Ce constat permet de dépasser la confrontation entre rapports de groupes militants. L’examen soutenu par les Nations unies a décrit un problème limité plutôt qu’universel, mais a reconnu que ce problème existait.

Ce qu’a constaté le contrôle américain

Le Government Accountability Office des États-Unis a ajouté en 2026 un constat issu de ses travaux de contrôle. Son rapport sur l’aide à l’éducation en Cisjordanie et à Gaza a établi que l’UNRWA et le Département d’État disposaient de procédures permettant de repérer et de traiter les contenus problématiques. Il a aussi relevé d’importantes lacunes dans les rapports du Département d’État au Congrès avant la fin du financement. La faiblesse résidait dans l’irrégularité du suivi et des rapports, non dans une absence totale d’examen.5

Ce constat ne prouve pas que le programme est irréformable. Il montre néanmoins que les gouvernements donateurs avaient des raisons de continuer à réclamer un examen plus rigoureux, une meilleure tenue des dossiers et des objectifs de réforme plus clairs.

Ce que l’on peut affirmer avec prudence

Une formulation équitable est la suivante :

  • les manuels utilisés dans les écoles de Gaza ont comporté de manière récurrente des contenus anti-israéliens et, parfois, antisémites ;
  • les cartes et les noms de lieux effacent souvent Israël ou le remplacent par une « Palestine » unique ;
  • certains supports présentent la « résistance » violente d’une manière que les donateurs et les organes chargés de la neutralité ont jugée inacceptable ;
  • les garanties propres à l’UNRWA n’ont pas entièrement corrigé le problème.

Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que chaque page enseigne la haine, que chaque enfant assimile le message de la même manière ou que le programme explique à lui seul le soutien ultérieur à la violence. L’école compte. La famille, les médias, les responsables politiques et l’expérience vécue de la guerre comptent aussi. Le programme scolaire est un élément d’une culture politique plus vaste, et non une explication complète de celle-ci.

Pourquoi les donateurs disposent ici d’un levier

Le programme scolaire est l’un des aspects du conflit sur lesquels les donateurs peuvent raisonnablement pousser les institutions à agir. La lettre d’intention conclue en juillet 2024 entre la Commission européenne et l’Autorité palestinienne comportait un volet consacré à la réforme de l’éducation, et des réponses ultérieures de la Commission ont présenté la révision des manuels comme faisant partie du plan convenu.67

Les manuels officiels résultent d’un choix institutionnel, même si le programme scolaire ne saurait expliquer chaque attitude politique ou chaque acte de violence. Les donateurs qui financent l’éducation ont une raison légitime d’examiner ces choix.

Conclusion

Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que toutes les écoles de Gaza enseignent la haine. Ils étayent une conclusion plus précise : les supports de l’Autorité palestinienne utilisés à Gaza, y compris dans les écoles de l’UNRWA, ont comporté à plusieurs reprises des contenus anti-israéliens et antisémites, ainsi que des éléments banalisant la violence. Des chercheurs universitaires, des organes des Nations unies chargés du contrôle de la neutralité, des organismes de contrôle américains et des bailleurs de fonds européens ont tous relevé des motifs de préoccupation. L’ampleur et les effets demeurent sujets à débat, mais pas l’existence de ces contenus.

Sources

Footnotes

  1. Plateforme d’apprentissage numérique de l’UNRWA, « À propos de la plateforme d’apprentissage numérique de l’UNRWA », keeplearning.unrwa.org.

  2. Institut Georg Eckert, Rapport sur les manuels scolaires palestiniens, page de publication de 2021, research.gei.de.

  3. Nations unies, Examen indépendant des mécanismes et procédures visant à assurer le respect par l’UNRWA du principe humanitaire de neutralité, 2024, PDF sur un.org.

  4. Office des Nations unies à Genève, « Le groupe d’examen indépendant publie son rapport final sur l’UNRWA », 22 avril 2024, ungeneva.org.

  5. Government Accountability Office des États-Unis, Cisjordanie et Gaza : les rapports du Département d’État sur les efforts de l’ONU visant à traiter les contenus problématiques des manuels scolaires présentaient des lacunes avant la fin du financement (GAO-26-107708), 2026, files.gao.gov.

  6. Commission européenne, « Lettre d’intention entre l’Autorité palestinienne et la Commission européenne », 17 juillet 2024, enlargement.ec.europa.eu.

  7. Réponse du Parlement européen et de la Commission européenne sur le programme de réforme de l’Autorité palestinienne, notamment la révision des manuels scolaires, 2025, PDF sur europarl.europa.eu.