Soutenir l’existence d’Israël n’impose pas d’approuver chaque décision de son gouvernement. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa coalition font l’objet de critiques précises et documentées concernant les divisions qui ont précédé le 7 octobre, la défaillance sécuritaire de ce jour-là, la politique menée à l’égard du Hamas avant la guerre, les partenaires extrémistes de la coalition, les violences commises par des colons, les négociations sur les otages et l’accès humanitaire. OZJF rejette l’affirmation selon laquelle la guerre serait génocidaire, tout en reconnaissant que la conduite et les dirigeants d’Israël doivent néanmoins faire l’objet d’un examen rigoureux.
La réforme judiciaire a divisé le pays avant la guerre
En 2023, les ministres de la coalition Yariv Levin et Simcha Rothman ont porté un vaste projet de réforme judiciaire. Celui-ci aurait permis à une majorité simple de la Knesset de passer outre la Cour suprême sur des décisions essentielles. Des centaines de milliers d’Israéliens ont manifesté semaine après semaine. Des réservistes ont averti qu’ils cesseraient de se présenter au service. D’anciens responsables de la sécurité ont déclaré que cet affrontement détournait l’attention de menaces réelles.12
Au 7 octobre, Israël était profondément divisé. Des médias israéliens de premier plan et d’anciens responsables de la défense avaient averti que ce conflit affaiblissait la cohésion nationale et la préparation militaire.2
Le 7 octobre et la question de la responsabilité
L’assaut du Hamas a tué environ 1 200 personnes en Israël et entraîné la prise de 251 otages. Ce fut la journée la plus meurtrière pour les Juifs depuis la Shoah.3 Il s’est également produit sous le mandat de Netanyahu, dans le cadre d’une doctrine sécuritaire qu’il soutenait depuis longtemps.
Les chefs militaires et du renseignement israéliens ont reconnu leur responsabilité personnelle. L’ancien chef d’état-major de Tsahal Herzi Halevi et l’ancien directeur du Shin Bet Ronen Bar ont tous deux démissionné en déclarant qu’il leur appartenait d’assumer cet échec.4 Netanyahu n’en a pas fait autant. Il a affirmé qu’une commission d’enquête nationale complète devrait attendre la fin de la guerre. Des commentateurs israéliens de toutes tendances, notamment dans le Times of Israel et Haaretz, l’ont pressé de s’exprimer davantage et plus tôt.5
L’argent qatari versé au Hamas avant la guerre
Pendant des années, les gouvernements de Netanyahu ont autorisé l’entrée à Gaza de valises d’argent liquide envoyées par le Qatar. L’objectif déclaré était de maintenir le calme avec le Hamas et de séparer Gaza de la Cisjordanie. Des enquêtes publiées en Israël après le 7 octobre ont montré que de hauts responsables avaient averti que cette politique était risquée et qu’elle aidait le Hamas à se renforcer. Le Times of Israel et Reuters en ont tous deux retracé les éléments documentaires.67
Les gouvernements de Netanyahu ont adopté et poursuivi cette politique. De nombreux critiques israéliens y voient désormais une erreur stratégique majeure.
Une coalition d’extrême droite qui a un coût
Pour rester au pouvoir, Netanyahu a constitué sa coalition de 2022 avec Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. Tous deux ont tenu des propos publics condamnés par le président d’Israël, les dirigeants de l’opposition et le gouvernement américain. Les déclarations de Smotrich, en mars 2023, appelant à rayer une ville palestinienne de la carte ont suscité une réprimande publique inhabituelle du département d’État américain.8 La volonté de Ben-Gvir d’armer des groupes civils et ses visites sur des lieux saints sensibles ont provoqué des mises en garde des propres services de sécurité israéliens.9
Leurs déclarations et leurs actes ont nui à l’image internationale d’Israël et rendu plus difficile la distinction entre les revendications sécuritaires légitimes du pays et la rhétorique la plus extrême de la coalition.
Violences commises par des colons et politique en Cisjordanie
Les attaques de colons contre des villages palestiniens de Cisjordanie ont fortement augmenté après le 7 octobre. L’administration Biden a imposé des sanctions à certains colons violents au début de 2024. L’administration Trump a ensuite levé ces mesures, mais des responsables américains des deux partis ont pressé Israël d’agir davantage pour mettre fin aux attaques.1011 Des organisations israéliennes de défense des droits humains et des journaux de premier plan ont signalé des cas dans lesquels policiers et soldats sont restés passifs. La procureure générale d’Israël a elle-même demandé davantage de poursuites.12
Soutenir Israël est compatible avec l’exigence que son gouvernement enquête sur les violences contre les civils palestiniens et poursuive leurs auteurs conformément au droit israélien.
Accords sur les otages et aide humanitaire
Les familles des otages, d’anciens responsables de la sécurité et une grande partie de la population israélienne ont accusé Netanyahu d’avancer trop lentement sur des accords susceptibles de ramener les otages chez eux. Des enquêtes de Reuters et du Wall Street Journal ont décrit des divisions au sein du cabinet, Netanyahu ayant bloqué des conditions que les responsables de la sécurité étaient prêts à accepter.1314
Le gouvernement américain a demandé à plusieurs reprises à Israël d’ouvrir des points de passage et d’accroître l’acheminement de nourriture, d’eau et de carburant. Le secrétaire d’État Antony Blinken, puis des responsables de l’administration Trump, ont publiquement mis Israël en garde au sujet de l’accès humanitaire.15 Le caractère suffisant et constant de la réponse israélienne demeure un sujet de critique légitime.
Sur les biais de la couverture médiatique
Les critiques visant Netanyahu s’inscrivent aussi dans un contexte de forte hausse de l’antisémitisme. L’ADL et l’AJC ont recensé des niveaux historiques d’incidents antisémites aux États-Unis et en Europe après le 7 octobre1617. Les travaux du Pew Research Center font apparaître de profondes divisions dans les attitudes du public à l’égard de la guerre et des médias18. Rien de cela n’invalide les critiques précises de la politique israélienne. Cela exige toutefois de la prudence lorsque la critique de l’action gouvernementale se transforme en affirmations collectives sur les Juifs ou sur le droit d’Israël à exister.
Conclusion
La guerre a infligé de graves souffrances aux Israéliens comme aux Palestiniens. Israël conserve le droit d’exister et de défendre sa population contre des groupes armés déterminés à le détruire. Ce droit ne supprime pas l’obligation d’examiner les décisions de ses dirigeants élus. Critiquer les échecs documentés du gouvernement de Netanyahu renforce un argumentaire crédible en faveur d’Israël, au lieu de l’abandonner.
Sources
Footnotes
-
Reuters, « Explication : en quoi consiste la réforme judiciaire israélienne et pourquoi est-elle si controversée ? », 24 juillet 2023, reuters.com. ↩
-
Times of Israel, « Des centaines de milliers de personnes se rassemblent dans tout Israël lors de la 38e semaine de manifestations contre la réforme », 23 septembre 2023, timesofisrael.com. ↩ ↩2
-
Associated Press, « Les données de la sécurité sociale israélienne révèlent le bilan réel des morts du 7 octobre », 15 avril 2024, apnews.com. ↩
-
Reuters, « Le chef de l’armée israélienne Halevi démissionne en raison des défaillances du 7 octobre », 21 janvier 2025, reuters.com. ↩
-
Haaretz, « Netanyahu doit assumer la responsabilité du 7 octobre », éditorial, octobre 2024, haaretz.com. ↩
-
Times of Israel, « Pendant des années, Netanyahu a soutenu le Hamas. Cela nous explose maintenant au visage », 8 octobre 2023, timesofisrael.com. ↩
-
Reuters, « Comment Israël, avec le soutien des États-Unis, s’est attaqué au financement du Hamas au Qatar », 14 novembre 2023, reuters.com. ↩
-
Département d’État des États-Unis, point de presse sur les déclarations du ministre Smotrich, 20 mars 2023, state.gov. ↩
-
Times of Israel, « Le Shin Bet avertit que les politiques de Ben Gvir attisent les troubles », 2023, timesofisrael.com. ↩
-
Département du Trésor des États-Unis, « Le Trésor cible la violence et l’instabilité en Cisjordanie », 1er février 2024, home.treasury.gov. ↩
-
Reuters, « L’administration Trump lève les sanctions de l’ère Biden contre des colons de Cisjordanie », 21 janvier 2025, reuters.com. ↩
-
Haaretz, « La procureure générale d’Israël presse la police d’agir contre les violences commises par des colons », 2024, haaretz.com. ↩
-
Reuters, « Netanyahu accusé par les familles de retarder un accord sur les otages », 2024, reuters.com. ↩
-
Wall Street Journal, « Les responsables de la sécurité israéliens se sont opposés à Netanyahu sur les conditions relatives aux otages », 2024, wsj.com. ↩
-
Département d’État des États-Unis, déclarations du secrétaire Blinken à la presse sur l’accès humanitaire à Gaza, 2024, state.gov. ↩
-
Anti-Defamation League, « Audit des incidents antisémites de 2024 », avril 2025, adl.org. ↩
-
American Jewish Committee, « État de l’antisémitisme en Amérique en 2024 », 2025, ajc.org. ↩
-
Pew Research Center, « Le regard des Américains sur la guerre entre Israël et le Hamas », 2024, pewresearch.org. ↩